Mercredi 8 avril 2009
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Bonjour
quelques jours déjà que je n'ai pas écrit... Il faut dire que je préparais un voyage à Strasbourg au Contre Sommet de l'Otan. Je ne voulais pas en parler trop sur ce blog car plein d'information
contradictoires circulaient sur le net, et j'avais peur d'être arrêtée avant d'arriver au but. Finalement, j'y suis allée, la manifestation fut très violente, mais je suis rentrée saine et sauve
bien qu'un peu contusionnée.
Demain sort l'hebdomadaire "Ekaitza", de Bayonne, qui me prend un article sur le voyage. Malheureusement je n'ai pas réussi à "faire court" et mon article sera publié en deux parties, une demain,
et une sur la manifestation proprement dite et les black bocks, la semaine prochaine.
Je vous mets donc en avant première l'article qui paraitra demain, sur le voyage jusqu'au Contre Sommet.
Informée par Internet qu’un Contre Sommet International de l’Otan allait se dérouler à Strasbourg, je décidai il y a quelques semaines d’y aller. Voyager de Bayonne à Strasbourg sans voiture
et à moindre coût n’est pas une mince affaire. Je fus bientôt contactée par d’autres personnes désireuses elles aussi de s’y rendre et tout aussi démunies. Au moins certains avaient des voitures,
mais qui n’auraient pu aller jusqu’à Strasbourg. Nous optâmes pour un covoiturage à frais partagés jusqu’à Toulouse, où nous prendrions place dans un bus affrété par le Collectif « La guerre Tue ».
Je passe sur les détails d’organisation et de collecte d’argent et finirai par dire que nous partîmes 3 de Bayonne, accompagnés de deux militants Dacquois du Collectif « Front de Gauche » qui
allaient sur Paris à une réunion de Convergence des Luttes et faisaient donc un détour pour nous amener. Il y avait Grégory, membre du Collectif « Dissent », Charlie, du NPA et de Solidaire, moi
même, représentante d’ « ADR pour un monde meilleur ».
Nous avions un drapeau basque et un - Sud Solidaire - à l’initiative de Charly, j’avais mes poches pleines de tracts, Greg portait des vêtements customisés de slogans, la voiture était toute
petite, nous voyagions sacs aux genoux et discutions comme des fous, certains ne s’étaient jamais rencontrés sinon par mail et nous étions joyeux comme des pinsons. Nous avions tous oublié quelque
chose.
Durant le voyage, nous étions d’accord pour dénoncer le déni de démocratie auquel se livrent les médias et les politiques en place. Ne pas, malgré tout le travail d’information de la Coordination
du Contre Sommet et des bloggeurs, ne pas annoncer sa tenue,signaler que 50.000 personnes (au moins) convergeaient sur Strasbourg de toute l’Europe, avec des délégations grecques, turques,
allemandes, polonaises, tchèques, espagnoles, italiennes, françaises et j’en passe, à peine mentionner les harcèlements envers la frange pacifiste de la population strasbourgeoise, une telle
indifférence des médias en place envers l’opinion publique, le manque d’implication des partis politiques, cela nous scandalisait. Toute la presse était prévenue et nulle part dans les médias
on n’a annoncé le Contre Sommet. Il est urgent de se connaître et de nouer d’autres formes de circulation de l’Information. Nous nous sentions abandonnés des médias et du politique.
Arrivés à Toulouse, près d’une bouche de métro nous avons sympathisé avec d’autres inscrits au voyage. Nous apprenons ainsi que deux bus ont été affrétés, que le premier devait partir le mardi mais
était tombé en panne jusqu’au mercredi, qu’en tous 107 personnes du Grand Sud Ouest s’étaient donné rendez vous sur ce parking toulousain pour participer à la manifestation et au blocage de la
ville du samedi. D’autres étaient partis par train ou par voiture en passant par Bordeaux. On attendait 24 wagons espagnols, Alternative Libertaire publiait un plan de la ville. Une « legal Team »
avait été constituée, avec des avocats volontaires. La cantine végétarienne et biologique était bloquée sur le Pont de l’Europe, Nous devions camper dans un champ ( !), loué 15.000 euros par la
municipalité (PS) de Strasbourg, et depuis une semaine, déjà, quelques uns étaient en train d’installer le campement avec de la paille et des toilettes sèches. Il n’y aurait pas d’eau et on était
parqués à dix kilomètres de l’entrée de la ville. On nous autorisait à manifester mais dans un parcours en pleine campagne, la frontière avait été rétablie, 10.000 manifestants européens
attendaient à Baden Baden. On annonçait du beau temps.
Enfin nous fûmes 53 et un bus arriva. Le voyage fut très long et ponctué de nombreuses pauses, car nous n’avions qu’un seul chauffeur. La presse nous avait oubliés mais pas la police et toutes les
autoroutes menant à Strasbourg étaient coupées, avec contrôle d’identité et interdiction de passer pour les Transports en Commun. Le chauffeur nous fait passer par une nationale, mais hélas,
immense embouteillage, seuls sont autorisés à passer les véhicules individuels, deux heures pour faire trois kilomètres, le chauffeur doit prendre sa pause « de nuit », il faut qu’il arrête pendant
11 heures, que faire ? Après consultation d’un GPS nous constatons que nous sommes à 50 km de Strasbourg mais à trois kilomètres d’une gare et décidons de prendre le train. C’est le grand branle
bas le long de la nationale embouteillée, 53 personnes sac aux dos et tente dans les bras, sans parler de la cantine. Le drapeau basque de Charly flotte au devant du cortège, des bannières d’AL
rythment le cortège. Nous décidons de prendre un billet collectif et les agents SNCF nous accordent une réduction.
Gare de Strasbourg nous nous faisons longuement dévisager par les CRS dont le bâtiment est envahi. Greg, qui a connaît la ville et nous aiguille sur le tram qui, après un changement, nous mènera
près du campement autogéré. A peine arrivés sur le quai (avec nos tentes et le papier toilette accroché au sacs à dos), voilà que la régie des tramway de Strasbourg annonce un incident sur le
réseau et une suspension de la ligne. Nous décidons d’aller un peu plus loin prendre un bus. La ville est très jolie et totalement déserte. Quelques rares voitures circulent, ainsi que des vélos. A
chaque coin de rue, une soldatesque ubuesque nous observe. Certains nous filment. Tout à coup, l’avenue où nous cheminions est bloquée par environ 200 CRS. Nous décidons de bifurquer mais ils
arrivent au pas de charge et nous encerclent, flash ball au poing. Ils nous font mettre en ligne, les mains au mur, certains protestent que les femmes devraient être palpées par des CRS femmes et
que nous cherchons juste à prendre le bus pour aller au village alternatif mais nous décidons de ne pas faire d’histoire et de nous laisser fouiller. On nous demande nos cartes d’identité et on
nous fait vider nos sacs. Des bombes de peinture sont confisquées. Un opinel est confisqué. Les drapeaux sont confisqués, même les drapeaux blancs amenés par de jeunes toulousaines sont confisqués.
La régie annonce par micro qu’en raison du sommet de l’Otan toutes les lignes de tram et de bus sont supprimées. Un porte parole explique que nous ne voulons pas rester dans Strasbourg mais
atteindre le campement alternatif. On nous autorise à téléphoner à nos compagnons qui sont déjà sur place. Un bus va venir nous chercher, les CRS nous escortent jusqu’à un bâtiment où ils nous
obligent à rentrer. Nous sommes au Molodoi, haut lieu de la Scène alternative strasbourgeoise, et lieu de conférence du Contre Sommet, il y a de la soupe et du café. Au dehors, un mur de CRS nous
observe. Nous signalons aux permanents de la Legal Team que nous nous sommes fait voler nos drapeaux et que les femmes ont été palpés par de hommes. Le bus vient nous chercher et nous laisse à coté
de nulle part, un no man’s land de tentes et des chapiteaux et des allées de paille au milieu d’un champs inculte et boueux. C’est le village alternatif et les première AG auront lieu l’après midi
même, avant la grande manif pour la Paix du lendemain. Mais ceci est une autre histoire, la suite au prochain numéro.
Sophie Hautenauve
Par Sophie H. - le blog de Sophie
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Publié dans : démocratie
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